Des livres

On ne peut pas lire, notre vie durerait deux siècles, tous les livres fécondés par notre prodigieuse Terre. 

Guillaume Bourquin, peintrécriteur

Lire déjà celui de la vie de tous les jours est un bel exploit qui ne nécessite aucune espèce de don…

Alors pourquoi lit-on ? Aux petits-enfants, on leur disait, il n’y a pas si longtemps encore, que les livres contiennent tout ce qu’homo sapiens – avant qu’il ne soit chassé par homo anthropocénus – savait depuis la nuit des temps et ce pourquoi il se pose et se posera toujours des questions : une réponse entraîne toujours une autre question… Mais qu’il y trouverait toutes les réponses.

Très succinctement car il n’est pas question de retracer toute l’histoire du livre, celui-ci a été très longtemps exclusivement une « pièce d’enseignement », un objet de savoir et de pouvoir, et même « sacré ». Depuis lors, en sus des livres d’études demeurés à 100% instructifs (l’essai inclus ouvert aujourd’hui à un plus grand nombre), il y a eu le premier roman…

Selon une aussi brève histoire, dont les sources divergent, les premiers romans dateraient du moyen-âge : Chanson de Roland, premier grand texte littéraire français ou Genji Monogatari (Le Dit du Genji), œuvre de la littérature japonaise, écrit au début du onzième siècle, premier roman psychologique. Or, le Professeur Mattei nous parle d’Apulée de Madaure, Apulée le rebelle, auteur numide né autour de l’an 125, et d’un ouvrage «picaresque» intitulé L’Ane d’or à considérer comme le premier roman de l’humanité…  

Cette mobilité métaphysique se traduit esthétiquement par un pot-pourri de genres, de tons, un brassage d’évènements et de personnes, qui constituent tout l’intérêt de ce surprenant roman.

Gallimard (L'âne d'or ou Les Métamorphoses).

Mais venons-en aux "modernes".

Le premier vrai roman, tel que nous les connaissons, est pour la littérature française la Princesse de Clèves, "roman historique et psychologique, avec toute la structure du roman d'analyse (souci de vraisemblance, construction rigoureuse, introspection des personnages)" écrit par Madame de La Fayette et publié anonymement en 1678.  

Ensuite, avec nos progrès matériels et intellectuels et le développement de l'instruction pour tous depuis la fin du 19e siècle, ce qui ne remonte pas très loin non plus dans le temps, le roman s'est démocratisé et assure aujourd'hui une fonction supplémentaire : le divertissement. Lorsqu'il allie ces deux attraits (apprentissage ludique du savoir), il fait figure de parangon : l'idéal de toute lecture romanesque. Raison pour laquelle, si vous consultez mes chroniques, j'ai choisi de distinguer mes lectures en tous genres et autres classifications confondus, en deux catégories : les livres "évasion", essentiellement divertissants, et les livres "neurologiques" où le lecteur est autrement sollicité et doit parfois faire appel à son aimable serviteur (notre cerveau).

Autre détail à propos du roman, jusqu'à il y a très peu de temps également les textes étaient exclusivement reportés sur du papier, beaucoup de feuilles. Ils étaient le plus souvent illustrés par de grands noms. Aujourd'hui, c'est passé de mode, bien que j'ai dans ma bibliothèque le merveilleux livre de Jacques Abeille, illustré par Schuiten, Les mers perdues. Plus précisément, l'illustration a gagné du terrain sur le texte et cette "mutation" n'est pas terminée avec l'audiovisuel. Si on cherche l'auteur de la première bande dessinée moderne, en faisant l'impasse sur l'Orient ou les supports moyenâgeux, les avis divergent aussi : 1908, Les Pieds nickelés serait l'année de publication de la première série de bande dessinée française créée par Louis Forton. Mais avant il y aurait eu au 19e siècle Rodolphe Töpffer, un Suisse qui aurait le premier associé des textes à des images. Pour d’autres, la première vraie bande dessinée est l'œuvre de Stuart Carvalhais qui dessine en 1915 dans Seculo Comic le récit de Quim e Manecas. Mais encore ce serait aux États-Unis qu’auraient été publiées dans des journaux les premières cases avec des bulles de texte...

Entre autres caractéristiques du livre-roman à mentionner aux petits-enfants, on peut encore signaler que ceux qui sont toujours imprimés sur papier portent tout comme homo (pour le protéger contre les agressions du temps) un manteau. Auparavant, il était très solide, en cuir ou autre matériau noble. Aujourd'hui, il est parfois très beau, recouvert d'une magnifique illustration, ou plus discret. Mais, de fait, il ne sert plus qu'à le reconnaître parmi les montagnes de livres qui entourent encore ceux qui les aiment et aussi, hélas, à attirer les découvreurs naïfs car ce qui compte vraiment dans un livre se trouve à l'intérieur : des révélations, des "choses" idéées qui nous sont confiées sous une forme poétique ou non par un autre Je. 

Là se cache tout le plaisir escompté du récit à nous confié, qui s’apprécie selon 3 éléments : l’écriture, la structure (ou la composition) et l’histoire. Parfaitement harmonisés, tout un art qui s’apprend, ces éléments  produisent parfois des chefs-d’œuvre. Des livres inoubliables. 

"Pour aborder les oeuvres d'art, rien n'est pire que la critique"

Rainer-Maria Rilke

Aussi bien, à propos de mes chroniques si vous les lisez, je dirai comme Bernard Grasset :

"Les notes ne sont que des résonances, des élans venus d'un ressenti fraternel - toutes choses qui n'appartiennent pas à l'appréciation, mais à l'émotion, à l'amour, à la reconnaissance."

Bernard Grasset

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