Corne d’abondance. Corne de bélier.

L’abondance (trop, c’est trop) tue…

Trop à bouffer, trop de parures, chiffons, autos, signes extérieurs, trop de communication, trop de médicaments, trop de règles, de cadres, de bureaucratie, de normes, trop d’hégémonie, de connerie, d’individualisme, trop de désespoir, trop de chaleur ! Sexualité et violence débridées…

Où va le monde ?

Je me suis posée la question « l’abondance a-t-elle été traitée en philosophie ? ». J’ai découvert ce livre qui semble intéressant pour sa rétrospective historique et ses idées « s’extraire du productionnisme… » : il est grand temps…

Mais sur quelle planète vivons-nous ? D’un côté, les alertes incessantes liées au changement climatique ; de l’autre, la consolidation de régimes « illibéraux » et/ou de réflexes de repli sur soi. Face à la double crise écologique et politique, l’évidence s’impose que le modèle occidental n’est plus soutenable (sauf à nier cette évidence). Comment, cependant, s’est forgé ce modèle déliquescent ?

Pierre Charbonnier livre une somme ambitieuse sur le sens même de la modernité : celle-ci a lié, dans un « pacte libéral », la liberté et l’abondance. L’autonomie des individus et des sociétés a eu pour condition de possibilité un régime d’exploitation de la nature, facteur de croissance. À l’ère moderne, la politique n’a pas seulement trait à la question des droits ou de l’État ; la Terre, les énergies sont d’emblée un enjeu matériel crucial, constitutif. Autant dire que loin d’être séparées, politique et écologie sont dans une logique d’« encastrement » réciproque. L’enquête commence au XVIIe siècle, quand l’agriculture est encore le moteur des économies.

Philosophie Magazine

[Niveau de lecture : « motivé » indique Philosophie Magazine 🙂 ]

On peut aussi se référer au symbolisme, si présent en nous, qu’il m’en a soufflé le titre de ma réflexion du jour.

« Si la corne relève le plus souvent d'un symbolisme lunaire, et donc féminin (corne du taureau), elle peut aussi devenir un vecteur symbolique solaire et mâle (corne du bélier). C'est ce qui explique qu'elle apparaisse souvent comme un symbole de la puissance virile et cet autre aspect du symbole concerne bien entendu aussi le cas d'Alexandre le Grand. Marie Bonaparte note qu'en hébreu queren signifie à la fois corne, puissance, force ; de même en sanscrit linga et en latin cornu. La corne non seulement par sa force est suggestive de puissance, mais par sa fonction naturelle est image de l'arme puissante (en argot italien, le pénis s'appelle corno). La Puissance vient s'unir à l'agressivité : Agni possède des cornes impérissables, aiguisées par Brahma lui-même, et toute corne finit par signifier puissance agressive du bien comme du mal... Dans cette conjonction des cornes animales et du chef politique ou religieux (chef iroquois, Alexandre, chamans sibériens, etc.) nous découvrons un procédé d'annexion de la puissance par appropriation magique des objets symboliques... La corne, le trophée... est exaltation et appropriation de la force. Le soldat romain victorieux ajoute un corniculum à son casque... (…)

Toutefois, force est de constater que si la paire de cornes est, pourrait-on dire, l'ancêtre de la couronne, et un symbole du pouvoir accordé à l'homme par les dieux ou qu'il a obtenu lui-même grâce à ses mérites ou ses exploits, la corne, quant à elle, possède une signification symbolique plus subtile, plus ambiguë aussi. En effet, elle est en analogie avec la Lune, dont elle rappelle le croissant. Mais simultanément, elle est aussi un symbole phallique puissant. C'est cette ambiguïté qui transparaît chez la licorne, animal unicorne mythique à la fois masculin et féminin. En cela, la corne figure l'androgyne, l'être primordial dont l'origine remonte à la nuit des temps.

Le symbolisme de la corne. Luminessens.org.