Première personne du singulier d’Haruki Murakami.

Sans grande singularité…

Haruki Murakami, dont je raffole de l’imagination et l’aisance d’écriture, aime la musique, le jazz et le classique, la bière, la mode, et le base-ball. 

Haruki Murakami aime aussi les femmes, chose on-ne-peut-plus-bénéfique, mais à la manière japonaise.

Ainsi, aussi universel l’amour soit-il et bien que les confessions révélées pourraient être celles de tout un chacun, subsiste dans l’air la note d’un vent venant du pays du soleil levant.

Enfin, peut-être me la suis-je imaginée ?

Les critiques en quatrième de couverture de ce petit opuscule sont dithyrambiques…

« Somptueux, merveilleux ; d’une beauté feutrée, bouleversante. »
« Huit merveilleuses nouvelles. »
« Des textes inventifs et captivants. »

Je conserve beauté feutrée… 

Sa plume est bien là, limpide, coulant comme un fleuve tranquille resserré, celui expérimenté, et sans excès descriptifs : une joie…  Mon intérêt ne s’est cependant réveillé qu’à la cinquième de ces huit confessions passagères (souvenirs virils de jeunesse ou plus récents) avec Recueil de poèmes des Yakult Swallos, suivie crescendo de Carnaval et de la Confession du singe de Shinagawa (le voleur de noms) positionnant ces deux dernières sur le podium avant de retomber quelque peu tristement sur la dernière des huit : Première personne du singulier sans plus de singularité… 

En clair, je suis désolée de décevoir les fans de Murakami. Cette lecture m’a apporté bien moins que je ne l’espérais.

Espérons que le prochain livre attendu en cours de traduction  – la parution par la maison d’édition Belfond de « The City and Its Uncertain Walls » (le titre en anglais apparaît aux côtés du titre natif nous dit Livres Hebdo) est prévue à l’horizon 2025 – sera plus captivant.

Un extrait :

« Comme toujours.
Le batteur de l’équipe adverse lance la balle
dans le champ droit.
Une simple pop-fly.
La balle s’élève très haut, sans vitesse.
Le vent est tombé.
Le soleil n’éblouit pas.
Et voilà, pas plus haut.
Toi, tu lèves un peu les mains
Tu avances de trois mètres à peu près.
Okay.
Moi j’avale une gorgée de bière
J’attends que la balle retombe.
Comme si elle se servait d’un instrument de mesure.
La balle
Tombe pile trois mètres derrière toi.
Bruit sec comme un maillet
qui frappe au bord de l’univers
Je m’interroge.
Pourquoi faut-il que je supporte
une équipe pareille
Énigme à l’échelle spatiale
Je ne sais pas si l’on peut vraiment appeler poème ces lignes-là. Dans ce cas, les poètes reconnus comme tels s’en irriteront peut-être. Ils voudront m’attraper, voire me pendre à ce poteau électrique. Gros problème en perspective. Mais comment appeler ces écrits ? Dites-le moi si vous connaissez l’appellation idoine. Pour le moment en tout cas, je m’en tiens au terme « poème ». Et je décide que tous ensemble ils forment un recueil intitulé « Poèmes des Yakult Swallows », destiné à être publié. Piquez une colère de plus, vous, les vrais poètes, si vous en avez envie ! Nous étions en 1982, quatre ans après mes débuts comme romancier (malgré mes insuffisances en la matière) et peu avant que je rédige « La course au mouton sauvage ».
Bien sûr, les éditeurs bien établis, fort sagement ne se montrèrent aucunement intéressés à publier des choses de ce genre. Je résolus donc de procéder à une autoédition.
Heureusement pour moi (…) Sans surprise, mon œuvre ne rencontra guère d’acquéreurs. Pour être prêt à dépenser de l’argent pour des babioles pareilles, il faut en général avoir un goût prononcé pour les choses curieuses. En tout, je dus en vendre trois cents [sur les cinq cents imprimés et dédicacés]. Aujourd’hui, ce mince opuscule est un objet de collection précieux, qui se vend à un prix étonnamment élevé. On ne sait jamais de quoi demain sera fait. Il ne m’en reste à présent que deux exemplaires. Si j’en avais gardé davantage, je serais riche. »

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