L’Angelus des ogres de Laurent Pépin

Rapide retour sur ce 2e opus du conte féérique en 3 volets de L. Pépin.

L'Angelus des ogres, Laurent Pépin

Dans la continuité de Monstrueuse féérie, dont mon retour peut-être lu ici, je renouvelle mon admiration pour la richesse de cette œuvre dense, où réalité et fantastique s’entremêlent.

Complexité de l’œuvre et « ravissement » également renouvelés : chacun en retient ce qu’il y voit…

Dans Monstrueuse féérie, livret troublant et poignant, c’est la découverte du monde ambigu du protagoniste, dont la frontière entre le « normé » et « l’hors-tout » est extrêmement fine et intrigante, outre ses Monstres et les Monuments (patients).

Dans ce 2e opus, l’imaginaire de Laurent Pépin nous enchante avec l’évocation de la « pensée filtrée », les « Voyageurs » sur les « sentiers de la perdition », le « pays de la langue inconnue » et le « Philosophicus Scepticus ! »

Autant d’étrangetés pas si étranges que de sources de réflexion à puiser.

Un regret (il en faut bien un 😊), Laurent Pépin ne suit pas dans l’Angelus des ogres la narration alternée dans le 1er volet des « songes confessés » (les monstruosités) et de la « pseudo-réalité » sauf vers la fin du récit. Ce qui rend l’épisode « Lucy », nécessaire à l’histoire (seconde femme du conte après l’Elfe) qui fait la liaison, moins soutenable et me fait renouveler ma réserve personnelle sur l’imaginaire de l’auteur particulièrement horrifique qui n’a rien à envier au Frankenstein de Mary Shelley ou celui de James Whale, chef-d’œuvre cinématographique de 1931…  

« Lucy poussa un long soupir. Durant cette respiration à laquelle nous demeurions suspendus tous deux, face à nos résistances étouffées, mon rôle, dans cette partition, m’apparut alors avec évidence et désarroi : j’étais toujours ce radeau à la dérive porté par les courants du désir d’une autre, dépourvu d’encre à jeter, et j’acquiesçais encore à des événements que je n’osais pas même envisager, incapable que j’étais d’affirmer une décision susceptible de m’arrimer en un point donné du monde. »

« La pensée filtrée était partout, incontournable. Et Blanche (un Monument) n’avait pas besoin de parler pour que je sache ce qu’elle voulait dire. “Nous avons refusé si longtemps, tu sais… Mais nous ne pouvons plus lutter. Depuis qu’ils savent inventer des machines qui distillent la pensée pour en retirer l’alcool, nous ne pouvons plus que secouer nos chaînes pleines de mots muets trop lourds à porter. En nous pouvons seulement hanter nos lits, les couloirs, nos pensées, nos corps. Parce que nous ne sommes plus des inventeurs de mondes et que nous errons en regardant se dissoudre la langue, les paroles écroulées, abattues comme des oiseaux morts à nos pieds.” »

« Je restais assis là, saupoudré de flocons livides, face à mes souvenirs émerveillés et à l’épouvantable réalité d’un monde qui brûlait ses archives. »

« Et Blanche n’avait pas besoin de parler pour que je sache ce qu’elle voulait dire. “Et nous nous souvenons que nous sommes oubliés aux marges d’une histoire qui ne veut plus savoir que nous sommes l’origine, et des contes, et des légendes, et de la poésie, qui de nous se sont enfouis, nés de la déchirure du verbe et du sens des mots.” »

« Et tandis que je glissais dans l’inconscience, j’entendis résonner au loin le ricanement rauque du Philosophicus Scepticus… »

« À proprement parler cependant, le Philosophicus Scepticus n’existait pas. En tout cas, il n’avait pas de corps à lui. On s’agenouillait au-dessus de la mare pour parler à son reflet et tout à coup, il était là. Il avait votre corps, votre visage, votre voix, mais était affublé d’un costume en résine de pensée filtrée – c’était plus pratique pour vider le sens du monde. »

Mais l’angelus a sonné ! Je lirai donc avec d’autant plus de curiosité ce que nous promet de nous confier ce Philosophicus Scepticus (un  sage, un peu cruel) dans le 3e et ultime volet qui sortira à l’automne.

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