7 mars 2021

Rêve d’amour de Marie Geppert

Par Zoé Gilles

Une écriture quasi proustienne…

Comment conjuguer amour et carrière, vie mondaine et élans mystiques, virtuosité transcendante et création musicale ?

Marie Geppert débute le Roman de la vie de Franz Liszt (célèbre virtuose pianistique prodige né en 1811 et compositeur d’œuvres intemporelles) par une scène théâtrale : Liszt se morfond auprès de Dieu dans une église à la suite d’un événement qui le marquera à vie : le père de celle qu’il aime refuse catégoriquement que sa fille épouse un artiste. À défaut d’endosser la soutane, il se jette à corps perdu dans son art. L’amour ne tardera pas à le rattraper, devenant le leitmotiv d’une vie véritablement romanesque.

Résumé : Eté 1828. Franz Liszt, au désespoir, veut entrer dans les ordres : sa demande en mariage a été refusée par le père de celle qu’il aime passionnément, Carolyne de Saint-Cricq, car il n’est qu’un pianiste…

Ce destin hors du commun traverse le XIXème siècle à la manière d’une épopée. (…) la musique s’immisce dans le récit, comme une protagoniste à part entière.

D’une plume gracile, extrêmement vivante, mêlant harmonieusement, récit, descriptions et dialogues, Marie nous conte la vie sentimentale de Liszt : une saga. Donjuanesque né, Liszt connaîtra beaucoup d’aventures féminines en dehors des deux compagnes qu’il aura à ses côtés (je n’en dis pas plus). Le récit est empreint d’une belle modernité, les dialogues sont extraits d’échanges épistolaires semble-t-il authentiques (un énorme travail de recherches).

Le lecteur mélomane est comblé avec des « arrêts sur musique » (détails de jeux pianistiques et genèse de ses œuvres), plongé au cœur d’un univers sonore foisonnant ! Une playlist, téléchargeable sur Spotify, vous ouvre l’accès à plus de cent œuvres de Liszt et de ses contemporains, dans des interprétations incontournables. Des annotations orientent l’écoute du mélomane averti.

Et le simple curieux de l’Histoire l’est tout autant (détails de ses relations : Sand, Chopin, Berlioz, Musset, Balzac, Delacroix, Schumann, Wagner… et de ses déplacements à travers le monde : Italie, Grande Bretagne, Russie, à l’époque du Tsar…) à une époque où se disputaient les partisans de la « musique durable » et de la « musique de l’avenir ».

A mon avis subjectif, un seul nuage dans ce ciel. Autant les « arrêts sur musique » sont appréciables, autant les descriptions environnementales (non indispensables) jettent parfois quelque langueur dans la belle vivacité d’ensemble.

J’ai également signalé à l’auteure que j’étais étonnée que le livre ne fasse pas référence à l’enfance de Liszt. Une unique allusion est très tardive, le besoin de donner des leçons de piano pour vivre, ni ne développe son engagement social dans sa jeunesse.

Réponse de l’auteure :

J’ai délibérément choisi de ne pas « tout » montrer de sa vie, et donc son enfance par exemple… Comme tu l’as d’ailleurs très bien décrit pour ma première scène, je voulais un récit toujours très dynamique. Finalement, pour des raisons de « scénario » : j’ai un parti-pris romanesque, je n’ambitionnais pas de refaire une biographie ( il en existe de très exhaustives). J’avoue avoir également pensé à une adaptation possible à l’écran (il n’existe pas de bio pic intéressant sur Liszt).